Visite culturelle

 

A – INTRODUCTION À LA VISITE

Bienvenue au parc de la Falaise et de la chute Kabir Kouba ! Mon nom est ________ et je serai votre guide lors de cette visite spéciale d’une quarantaine de minutes organisée pour les Journées de la Culture. Ensemble, nous irons faire la visite guidée du parc et nous aborderons principalement l’histoire et la culture qui entourent ce site. N’hésitez surtout pas à me poser des questions. Si je ne possède pas immédiatement la réponse, je ferai des recherches et je vous reviendrai avec la réponse le plus rapidement possible.

B – VILLÉGIATURE

La beauté de la rivière St-Charles et de sa chute a depuis longtemps attiré des visiteurs, amateurs de charmes bucoliques. Dès le XVIIIe siècle, des touristes britanniques, très souvent des officiers en garnison à Québec, visitent ce site qui, avec le Village des Hurons et le lac St-Charles, devient parmi les incontournables de la région. Cet effet de rapprochement avec les autochtones donne un charme à ces visites bourgeoises et stimule leur créativité.

Mais, à la fin du XIXe siècle, alors que le chemin de fer arrive au village, les lieux semblent moins populaires auprès des touristes. Ils sont bientôt remplacés par les villégiateurs. En effet, dès le début de ce siècle, les notables de Québec, à la recherche de sites paisibles, frais et verdoyants, établissent leurs premières résidences d’été près de la ville, en bordure des chemins Ste-Foy et St-Louis. Puis, l’amélioration des voies carrossables et le développement du chemin de fer leur permettent de s’éloigner davantage du bruit, de la promiscuité et de l’insalubrité de la ville.

En 1874, alors que la Quebec and Lake Saint John Railway traverse le village huron, la Indian Lorette Station est ouverte. Désormais, la paroisse de St-Ambroise, telle que se nomme alors Loretteville, ne se situe plus qu’à 30 minutes de Québec. Ceci favorise réellement l’émergence d’une nouvelle agglomération de villégiateurs. De nombreux bourgeois de la ville viennent installer leurs luxueuses villas ou cottages, dotés de jardins floraux, de potagers, de bassins ou d’étangs artificiels à l’ouest de la rivière St-Charles, dans le secteur de Château-d’Eau. 

Donc, les environs étaient très prisés par les gens bien nantis vivant à la grande ville. Cette oasis de paix est pour eux facilement accessible par train, car Loretteville possède l’avantage de n’être pas trop loin des grandes villes tout en offrant une belle proximité avec la nature. Le chemin emprunté par le corridor des Cheminots à la hauteur du parc Jean-Roger-Durand permet de vous imaginer l’emplacement de la gare de Loretteville.

C – BELVÉDÈRE DE LA RUE RACINE

Dirigez-vous avec le groupe vers le belvédère en suivant la rue Racine. Tournez à gauche sur le belvédère, l’endroit dégagé où nous avons une excellente vue sur les chutes.

Vous voyez, devant vous, la chute Kabir Kouba. D'une hauteur de 28 mètres (environ 90 pieds), la chute est un des endroits les plus impressionnants de la rivière Saint-Charles, qui baigne tout le nord de l'actuelle ville de Québec. Peut-être certains d’entre vous connaissent déjà la chanson de Claire Pelletier célébrant la chute Kabir Kouba .Vous pouvez ici constater pourquoi plusieurs artistes comme elle ont voulu s’inspirer de ce lieu unique.

Je vous présente d’abord le travail de Joseph Légaré, qui s’est inspiré de la chute Kabir Kouba pour créer cette composition.

Joseph Légaré est un peintre originaire de la ville de Québec est né en 1795. Il commence d’abord l’apprentissage du métier de peintre et de vitrier et déjà à 24 ans est un artiste. Autodidacte, Joseph Légaré se démarque de ses contemporains par l’étendue de ses sujets et est le premier peintre canadien à pratiquer la peinture paysagiste. Son œuvre est à ce point important qu’il devient président de la classe des arts de la société littéraire et historique de Québec en 1833 et qu’il sera le professeur d’Antoine Plamondon, un des grands peintres de l’histoire de l’art au Québec. Il sera un défenseur de la création d’un musée national des beaux-arts et participera activement à la cause des patriotes lors des Rébellions de 1837 (est arrêté durant les évènements). Il décède à Québec, le 21 juin 1855, quelques mois après sa nomination au conseil législatif. Il aura donc eu une influence politique, culturelle et artistique sur l’histoire du Québec. On voit ici l’influence de son travail de paysagiste dans sa représentation du site de la chute Kabir Kouba.

Les Cascades de la rivière Saint-Charles à La Jeune-Lorette, Joseph Légaré, 1843, huile sur toile

Bien entendu, la rivière Saint-Charles a une histoire. Le nom Cabircoubat (mentionner l'orthographe différente) signifie "rivière aux mille détours". Cette appellation faisait allusion aux nombreux méandres de la rivière. Ce nom a été donné par les Amérindiens et ce sont les Récollets, un ordre religieux venu en très grand nombre à Québec, qui donnèrent son nom actuel à la rivière, la « rivière Saint-Charles ».

L’autre signification du nom Kabir Kouba serait la rivière du Grand Serpent, en référence à cette légende que je vais vous conter. Ici vivaient les Français et de l’autre côté les Amérindiens. Malheureusement, les Amérindiens et les colons de la région ne réussissaient pas à s'entendre sur la limite de la frontière entre les deux groupes. Ils se chicanaient tellement fort que cela a réveillé le Grand Serpent qui dormait dans les Laurentides depuis des années. Il se fraya un chemin à travers les montagnes, écrasant les arbres sur son passage et il descendit jusqu'au village huron de Wendake. Les Hurons regardèrent le reptile et tremblèrent de frayeur. Ce reptile avait une longue crinière comme un cheval et, à mesure qu'il la secouait, il en sortait des flammèches qui pétillaient comme un sapin embrasé. Ses écailles d'argent, qui lui couvraient la peau, brillaient comme des lames d'or frappées par les vifs rayons d'un beau soleil du midi. D'un puissant coup de queue, le Grand Serpent souleva le sol de plusieurs mètres et gronda de colère contre ceux qui, jusque-là, n'étaient pas arrivés à s'entendre!« Il a fallu que je vienne et que je tranche la question moi-même. Dorénavant, je serai votre frontière et je gronderai sans arrêt afin que jamais plus vous n'oubliiez ma présence! » Le Serpent se transforma en rivière houleuse avec de nombreux détours. Entendez-vous? C’est le serpent qui gronde afin que personne ne l’oublie. Maintenant, allons plus près de la chute!

C – LA FRESQUE ET PLACE DE LA NATION

Lorsque vous voyez la fresque, laissez le temps aux gens de prendre des photos et l’observer puis dirigez-vous vers la place de la Nation pour ensuite donner vos explications.

Admirez la fresque. Celle-ci peut se déchiffrer en deux parties, celle de gauche représente le rôle des hommes et celle de droite représente le rôle des femmes. L’univers des hommes représente la chasse qui amène la nourriture et les matières premières pour l’artisanat, les vêtements, les contacts avec les autres civilisations et le commerce. Pour celui des femmes, la famille, la transmission du savoir-faire, de l’éducation et de la culture sont au cœur de leur quotidien. Vous pouvez également remarquer quatre animaux emblématiques, dont la tortue, le loup, l’ours et le chevreuil. Ils sont la représentation des clans de la Nation huronne-wendat.

Finalement au centre de la fresque il y a une grande tortue qui est le mythe de création pour les Hurons-wendat. Le mythe commence comme suit : il y a très longtemps, la Nation huronne-wendat vivait dans les cieux et sur Terre il n’y avait qu’une grande mer. Un jour, Aataentsic, la fille du chef de la Nation huronne-wendat, tomba gravement malade. « Le seul remède pour la sauver est de recueillir le fruit du Grand Arbre ainsi que sa terre » dit l’homme médecine. Ensuite, Aataentsic se rendit au Grand Arbre et commença à creuser autour de ce dernier afin de récolter la terre. Malheureusement, la jeune amérindienne creusa trop profondément et cela fit un trou dans les cieux, donc Grand Arbre et Aataentsic tombèrent à la mer. Cependant, la jeune Wendat fut sauvée par les oies qui la recueillirent sur leurs grandes ailes. C’est à ce moment que Grande Tortue émergea de l’eau et dit aux oies de la déposer sur son dos. Bien qu’Aataentsic ne tomba pas à la mer, elle était toujours malade et elle devait absolument manger le fruit et récolter la terre de cet arbre. Alors, après que la loutre, le rat musqué et le castor eurent essayé vainement de plonger tout au fond de la mer pour cueillir le fruit et la terre de Grand Arbre, Grand-mère Crapaud réussit après y avoir presque laissé son dernier souffle à déposer le fruit et quelques grains de terre sur la carapace de la Grande Tortue. Finalement, Aataentsic mangea le fruit et fut guérie puis, avec les quelques grains de terre, elle les étendit sur le dos de Grande Tortue et l’animal devint une ile. Ainsi fut donc créée la Terre comme nous la connaissons aujourd'hui.

Alors, tel que mentionné dans la légende, le dos de la tortue représente une ile. Donc, Wendake signifie l’ile et Wendat signifie les habitants de l’ile.

Nous connaissons au moins un artiste huron du XIXe qui s’est inspiré du site des moulins, que nous allons voir à l’instant. Peintre et dessinateur, Zacharie Vincent nait ici même, à Wendake, en 1815 et décède à Québec en 1886. Le nom huron de Zacharie Vincent, Telari-O-lin, signifie « non-divisé » ou « sans-mélange ». Ce nom donné par le conseil des chefs laisse entendre que Vincent était un Huron de race pure, alors que tout tend à croire que ce n’était pas vraiment le cas. Par contre, dans les portraits et les autoportraits que nous avons de lui, nous remarquons son souci de conserver le mode de vie traditionnel. Alliée à son physique caractéristique des Hurons, ces images perpétuent cette idée qu’il serait le dernier des Hurons. Nous croyons que la formation de Vincent se limite à quelques conseils artistiques qu’il reçoit de Plamondon, avec qui il avait lié des liens. Ce maitre, si tel est qu’on pourrait l’appeler ainsi, avait en effet peint un portrait Zacharie Vincent, le dernier des Hurons, qui gagna en 1838 une médaille  et qui fût acheté par Lord Durham. Il inspira aussi le poème Le Dernier Huron à François-Xavier Garneau « Triomphe, destinée / Enfin, ton heure arrive / Ô peuple, tu ne seras plus. »

Portrait de Zacharie Vincent

Moulin Russel, Zacharie Vincent ,1860

Trois dominantes se retrouvent dans son œuvre : des autoportraits où il se présente vêtu du costume traditionnel, des dessins témoignant des activités traditionnelles de son peuple, et des paysages de L'Ancienne-Lorette. Bien que Vincent veuille fixer une image traditionnelle des Hurons, on retrouve dans plusieurs de ses toiles et de ses dessins des éléments empruntés à la civilisation européenne, reflet de l’assimilation dont son peuple fait l’objet. Son œuvre, naïve certes, est intéressante par l’intensité et la sincérité qui s’en dégage et elle répond à son désir de capter le visage d’une Amérique Huronne à jamais perdue.

LE SITE DES MOULINS (belvédère du bas)

Invitez les visiteurs à prendre des photos de la chute.

Nous nous trouvons présentement sur le site d’anciens moulins et d’une centrale hydroélectrique. En plus du travail des archéologues, nous avons une bonne idée de l’aspect général de ces moulins grâce à certains documents d’archives pour les constructions plus récentes, mais aussi grâce aux peintres qui les ont représentés. En effet, plusieurs des artistes qui ont peint la chute Kabir Kouba étaient officiers britanniques engagés dans un effort de représentation du territoire québécois.

Lorsque nous étions sous le régime britannique et avant la Confédération canadienne (soit entre 1760 et 1867), le territoire du Québec a été ainsi représenté par ce que nous appelons des peintres topographes. Suivant les enseignements en topographie de peintres professionnels anglais, les militaires de l’Académie royale militaire de Woolwich, à proximité de Londres, y apprennent à représenter des paysages. On leur enseigne le dessin et l’aquarelle (qui est justement à la mode en Angleterre à cette époque). Ce médium, qui sèche plus rapidement, permettait aux Britanniques de dessiner les paysages et ainsi faciliter l’exécution des stratégies militaires et de noter les mouvements de troupes. Par l’utilisation de l’aquarelle, leur tâche était simplifiée en temps de guerre. «L'exécution devait être précise autant pour des raisons de fierté, de fidélité à la réalité observée, que pour des raisons stratégiques.» Étant parfois gravées en Europe ou aux États-Unis, ces images servaient en même temps à susciter de l’intérêt face à ce territoire britannique en Amérique.

Venus ici après la Conquête, ils laissèrent une quantité impressionnante d’œuvres sur les paysages et les coutumes québécoises. Souvent, ils vont adopter un style plus pittoresque. «Les artistes topographes se plaisaient également à évoquer des images poétiques qui ouvraient de nouveaux panoramas à l'imagination populaire.» Ils cherchent donc les endroits uniques à représenter, ces places qui possèdent un caractère bien typé. Vous conviendrez avec moi que le site de la chute Kabir Kouba répond parfaitement à ces critères!

Le premier peintre que je veux vous présenter est James Pattison Cockburn.

Officier et aquarelliste, James Pattison Cockburn est né le 18 mars 1779. En 1847, il décède à Woolwich à Londres. Il a grandi dans une famille de militaires, c’est dans cette tradition familiale qu’il entre comme cadet à l’académie de Woolwich le 19 mars 1793. Il y reçoit une formation en dessin dont l’essentiel relève d’un grand maitre. Cockburn se montre un fidèle topographe : rigueur dans la perspective, finesse et précision du dessin.

Mill at Indian Lorette, James Pattison Cockburn, 1829, aquarelle, 46.4 x 34.5 cm

C’est d’abord avec le titre d’officier de la Royal Artillery que Cockburn vient à Québec durant une année en 1822. Il y séjournera à nouveau en tant que commandant de 1826 à 1832. Pendant ces années de paix, Cockburn a tout le loisir de dessiner Québec et ses environs, comme les paysages du Haut et du Bas-Canada où le conduisent ses tournées d’inspection. C’est un véritable paysagiste, qui sait d’instinct choisir le meilleur point de vue et disposer les masses. Nous pouvons constater l’intérêt de son travail dans un récit de voyage, publié en 1831 : Quebec and Its Environs. À son retour à Londres, il propose une série d’images de Québec et des chutes Niagara.

Le moulin à farine

Tel qu’annoncé dans le titre de l’œuvre, l’élément principal représenté dans cette aquarelle de Cockburn est le moulin du village de Lorette.  En effet, les premiers seigneurs à stimuler l’arrivée de colons européens dans la région sont les Jésuites. Tenus par leurs devoirs envers les censitaires (paysans) qui viennent s’établir dans la seigneurie, les Jésuites procèdent à l’érection d’un moulin à grains en 1731. On connait peu l’évolution du moulin, mais on sait qu’un moulin à scie y est annexé avant 1749 et en 1853, Joseph Falardeau achète le moulin et le terrain environnant, ceux-ci devenant privés pour la première fois de leur histoire.

D’autres peintres ont représenté le moulin à farine des Jésuites.

Charles Huot est un peintre illustrateur de Québec, qui vécut de 1855 à 1930. Grâce aux fonds récoltés lors d’une collecte organisée par son directeur de l’École normale Laval de Québec, où il étudie, Huot a la chance d’aller à l’École des beaux-arts de Paris en 1874.  Durant son séjour de 17 ans en France, il fréquente l’atelier du célèbre peintre Cabanel, obtient des mentions honorables et des prix, en plus de recevoir des commandes.

Les Chutes et le vieux moulin de la Jeune-Lorette, Charles Huot, (graphite sur papier?), 1897

La religion et la tradition sont au cœur de ses peintures. Effectivement, nous pouvons voir son travail dans de nombreuses églises du Québec, dont l’église St-Sauveur dans la basse-ville de Québec. Parmi ses grands contrats, on peut mentionner deux grandes toiles pour le Parlement de Québec, le plafond de l’Assemblée nationale, ainsi que la grande verrière de la bibliothèque. Il fut un homme admiré et respecté qui a su répondre aux attentes de ses contemporains par son esthétisme conservateur. On voit ici la rigueur de son interprétation de la chute et du moulin à papier.

Illustrateur, William Henry Bartlett est né le 26 mars 1809 à Kentish Town (Londres). Il décède le 13 septembre 1854 au large de Malte. Il débute son apprentissage auprès d’une architecture et peaufine son art grâce à de nombreux dessins architecturaux qu’il réalise des bâtiments de son pays. Son travail d’illustrateur vient par la suite subvenir aux besoins de sa famille nombreuse et l’amène aux quatre coins du monde. Bartlett se rend plusieurs fois en Amérique du Nord entre 1836 et 1842. Ses esquisses ont été gravées dans plus de 40 livres, dont 13 écrits par lui-même. Il met l’accent, dans ses dessins, sur l’irrégularité et les aspérités des paysages, l’ombre et la lumière, les ruines, l’immensité des montagnes, l’étendue des rivières impétueuses et l’énormité des roches escarpées. Par l’attention de l’artiste aux détails architecturaux, les dessins de Bartlett possèdent une valeur historique considérable, car il représente le pays et ses habitants tels qu’ils apparaissent en 1838. On pourrait croire qu’il croque sur le vif la vie quotidienne des Canadiens et les progrès de la colonisation. Comme dans ce tableau ici, près de 100 de ces gravures montrent des rivières, des lacs, des rapides et des chutes d’eau. L’intérêt de représenter des endroits comme la chute Kabir Kouba est d’aller chercher le sublime et le pittoresque dans des scènes charmantes auxquelles le spectateur s’identifie.

Village of Lorette, William Bartlett, 1840

LE SITE DES MOULINS (belvédère du haut)

Le moulin à papier Russel

Ici, vous trouverez les vestiges d’anciens moulins à papier. Essentiellement, il y a eu ici 2 moulins à papier, avec 4 propriétaires différents. Vous constaterez que plusieurs artistes, à l’instar de Zacharie Vincent que nous avons présenté plus tôt, ont laissé des traces de l’ampleur que pouvait avoir ces moulins à l’époque qui les a vus construire.

D’autres peintres ont représenté le moulin à farine des Jésuites.

Charles Huot est un peintre illustrateur de Québec, qui vécut de 1855 à 1930. Grâce aux fonds récoltés lors d’une collecte organisée par son directeur de l’École normale Laval de Québec, où il étudie, Huot a la chance d’aller à l’École des beaux-arts de Paris en 1874.  Durant son séjour de 17 ans en France, il fréquente l’atelier du célèbre peintre Cabanel, obtient des mentions honorables et des prix, en plus de recevoir des commandes.

Vous voyez ici le travail de Cornelius Krieghoff, un des artistes les plus connus de l’histoire de l’art au Québec. Il est né à Amsterdam en 1815 et il décède à Chicago en 1872. Il arrive en Amérique en 1837, à l’âge de 22 ans et nous avons des traces de son passage avec l’armée des États-Unis et de ses mouvements professionnels au Canada jusqu’à son établissement à Québec, en 1853.  La ville de Québec possède l’avantage d’offrir une clientèle bien nantie issue d’une aristocratie militaire, dont Krieghoff comprend les gouts. En effet, ces Anglais aiment envoyer à leur famille une toile où se trouve fixé un coin de la campagne ou une scène typique du Canada. Le bourgeois veut posséder son portrait, signe tangible de son importance. Cornelius Krieghoff se fixe à Québec pour une période de 10ans qui témoigne de son talent d’entrepreneur prolifique. L’art de Krieghoff prend sa source dans la vie de tous les jours et dans la campagne entourant Québec. Krieghoff fait ainsi du mode de vie rural et autochtone ses thèmes principaux. Sans chercher à idéaliser, il brosse de nombreuses scènes où se retrouvent les coutumes et les paysages d’une région donnée. Cornelius prend pour thème l’Habitant et l’Amérindien. On peut noter au passage que Krieghoff a aussi représenté des Hurons de Wendake, de façon quasiment documentaire, à tout le moins d’une manière plutôt générique.

Un Huron-Wendat de Lorette, Cornelius Krieghoff, vers 1855.

La religion et la tradition sont au cœur de ses peintures. Effectivement, nous pouvons voir son travail dans de nombreuses églises du Québec, dont l’église St-Sauveur dans la basse-ville de Québec. Parmi ses grands contrats, on peut mentionner deux grandes toiles pour le Parlement de Québec, le plafond de l’Assemblée nationale, ainsi que la grande verrière de la bibliothèque. Il fut un homme admiré et respecté qui a su répondre aux attentes de ses contemporains par son esthétisme conservateur. On voit ici la rigueur de son interprétation de la chute et du moulin à papier.

Illustrateur, William Henry Bartlett est né le 26 mars 1809 à Kentish Town (Londres). Il décède le 13 septembre 1854 au large de Malte. Il débute son apprentissage auprès d’une architecture et peaufine son art grâce à de nombreux dessins architecturaux qu’il réalise des bâtiments de son pays. Son travail d’illustrateur vient par la suite subvenir aux besoins de sa famille nombreuse et l’amène aux quatre coins du monde. Bartlett se rend plusieurs fois en Amérique du Nord entre 1836 et 1842. Ses esquisses ont été gravées dans plus de 40 livres, dont 13 écrits par lui-même. Il met l’accent, dans ses dessins, sur l’irrégularité et les aspérités des paysages, l’ombre et la lumière, les ruines, l’immensité des montagnes, l’étendue des rivières impétueuses et l’énormité des roches escarpées. Par l’attention de l’artiste aux détails architecturaux, les dessins de Bartlett possèdent une valeur historique considérable, car il représente le pays et ses habitants tels qu’ils apparaissent en 1838. On pourrait croire qu’il croque sur le vif la vie quotidienne des Canadiens et les progrès de la colonisation. Comme dans ce tableau ici, près de 100 de ces gravures montrent des rivières, des lacs, des rapides et des chutes d’eau. L’intérêt de représenter des endroits comme la chute Kabir Kouba est d’aller chercher le sublime et le pittoresque dans des scènes charmantes auxquelles le spectateur s’identifie.

Moulin Russel, Cornelius Krieghoff, 1854

Dès son achat du moulin à papier en 1853, le nouveau propriétaire, Joseph Falardeau, a des projets plus « modernes » pour le site et prévoit la construction d’un moulin à papier. Pour cause de soucis financiers, Falardeau décide de vendre, dès 1854, la partie nord du site (moulin à papier) à Willis Russel, son partenaire d’affaires. Malgré les efforts de Russel, le moulin ne fonctionne que de 8 à 10 mois, puis il sera fermé et saisi.

Le moulin Logan

Ainsi, c’est la ville de Québec qui devient propriétaire du moulin en juin 1857, mais elle cherche à lui retrouver un propriétaire particulier assez rapidement. En seulement trois mois, elle signe une promesse de vente à Margaret Logan. Selon vous pourquoi une femme pouvait-elle être propriétaire d’un moulin dans ces années? En fait, cela réduit les risques de saisie en cas de faillite. Aussi, elle a utilisé l’argent de son mari. Ce ne seront pas les difficultés financières, mais bien l’incendie du moulin le 10 juin 1862 qui aura raison du moulin de Mme Logan.

Service de vaisselle représentant le moulin Smith, 1880.

Le Smith Paper Mill a connu son heure de gloire. En effet, le marchand de vaisselle Francis T. Thomas qui est en affaires à Québec durant le dernier quart du XIXe siècle commande de l’Angleterre des services de table et de toilettes ornés d’une vingtaine de vues différentes de Québec. Ainsi, la chute Kabir Kouba à l’époque du moulin Smith est reproduite sur différents articles de terre cuite. Ces gravures au trait ont été dessinées à partir d’une photographie des Papèteries Smith. Ce service de table est alors fréquemment offert en cadeau de mariage dans la région de Québec.

Le moulin Reid

 

C’est l’administration des frères James et William Reid dès aout 1870 qui amènera les années les plus prospères du moulin à papier de la chute Kabir Kouba. En effet, des sources d’information provenant de la compagnie et des sources émanant de journaux d’affaires parlent d’une production de une à deux tonnes de papier par jour. Finalement, ce moulin sera incendié le 1er aout 1900. C’est finalement une petite centrale hydroélectrique qui utilisera la force hydraulique de la chute pour la dernière fois, à Kabir Kouba.

Après toutes ces indications, demandez aux gens s’ils voient une grotte sous la chute; et leur mentionner qu’ils auront leur réponse en haut des escaliers. Avant de quitter définitivement le site des moulins, faire observer l’immense tuyau de la centrale hydroélectrique.

LES BANCS DE MÉTAL

Je vais vous raconter la légende de la grotte diabolique. Il y a longtemps, un jour après avoir eu le plus bel été qui n’avait pas été vu depuis des décennies, le chef du village amérindien accorda la main de sa fille au plus valeureux guerrier que les Hurons n’avaient jamais eu. Le père déclencha la plus grande fête de son époque, car les deux amoureux le méritaient bien! Les alliés amérindiens vinrent de très loin pour cette fête. Une fois les festivités commencées, la musique et les danses ne cessèrent pas pendant près de trois jours. On entendait les chants à des miles à la ronde, la terre vibrait au son des tambours tellement que les morts auraient pu revenir à la vie! À la troisième soirée des festivités, tout le monde était rassemblé autour d’un grand feu et un bel et grand homme dans des vêtements d’apparat apparu et demanda à la fille du grand chef de danser. L’homme était un danseur hors pair, c’est pour cela qu’ils dansèrent pendant toute la nuit et à l’aube l’homme commença à s’agiter. Il demanda à la fille de le suivre, ils allèrent donc près de la chute pour discuter. L’homme déclara ses sentiments et lui demanda de le suivre, d’abandonner son haut statut pour vivre avec lui. La future mariée n’accepta pas son invitation, car elle voulait rester fidèle à ses engagements et honorer son père. L’homme perdit subitement ses belles apparences et l’Amérindienne découvrit finalement la vraie nature de cet inconnu. Son âme était aussi noire que l’enfer, son souffle était aussi glacé que les hivers canadiens, son regard reflétait la désolation, la peur, la tristesse que les yeux avaient vues par le passé. L’atmosphère devient lourde, froide et puante, la puanteur de la mort. Les yeux enflammés se posèrent sur la jeune femme et le malin déclara : « Si MOI je ne peux pas t’avoir, personne ne t’aura… ». Sur ces paroles, le diable poussa la fille dans la chute, mais celle-ci tomba sur un palier de roche et survécut. Le démon la vit et il alla la rejoindre. Il la poussa dans la grotte et l’enferma en plaçant une énorme roche devant l’entrée où sa main s’imprima. Quelques jours plus tard, le village trouva le plus fort de leur guerrier mort, il s’était suicidé, car la perte de sa future épouse l’avait empli de tristesse.

MOT DE FIN

Vous terminez ici et vous dirigez le groupe vers le Centre d’interprétation. Si des visiteurs veulent vous quitter avant de revenir au Centre, vous pouvez faire les remerciements et la conclusion de la visite sur le terrain des moulins à papier.

 

Outre le riche patrimoine historique du site, l’intérêt de la chute Kabir Kouba réside dans son importance géologique et géographique. Nos visites guidées régulières s’attardent plus longuement sur ces aspects. Je vous encourage à parcourir le sentier jusqu’à la falaise, qui offre un point de vue assez unique sur la rivière St-Charles.

Peut-être y vivrez-vous une expérience comparable à celles qu’ont pu vivre ici différents artistes. En l’honneur de la beauté de la chute Kabir Kouba et de ses environs, Pamphile Lemay, écrivain, poète, conteur et romancier du XIXe siècle, a composé le poème L’Église des Hurons en y puisant son inspiration.

Là-bas, sur les hauteurs au pied des Laurentides,
S'élève, solitaire, un modeste hameau.
La rivière Saint-Charles, avec ses eaux limpides
Que voilà, en maint endroit, l'ombre d'un jeune ormeau,
Caresse en murmurant le seuil de ce village;
Et, quand elle le quitte, on dirait que de rage,
Sur son lit de cailloux, elle s'agite et fuit,
Comme un daim effaré qu'une meute poursuit.
Dans un gouffre qui tout à coup s'en trouve,
L'onde vertigineuse arrive avec fureur,
Rebondit sur le roc, se déchire et le couvre

De flots d'écume et de vapeur

Nous vous remercions de votre visite au parc de la Falaise et à la chute Kabir Kouba. J’espère avoir été en mesure de répondre à toutes vos questions. Je vous invite à venir visiter le Centre d’interprétation (si ce n’est déjà fait) et à donner vos commentaires dans le livre d’or prévu à cet effet. Comme souvenir de votre visite ou pour plus de détails sur le parc de la chute, des livrets informatifs et des légendes sont en vente au Centre d’interprétation. Je vous souhaite une bonne fin de journée.

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