Conte et légendes

 

 

Les hommes ont, par le passé, utilisé les légendes afin de répondre aux questions qu’ils avaient sur leur environnement, leur existence. Les anciens Canadiens ainsi que les Amérindiens ne faisaient pas exception, le folklore québécois est grandement influencé par ces légendes, pensons à la Chasse-Galerie, aux légendes de loup-garou ou La Corriveau. La chute fut de tout temps un objet de fascination, de questionnement et de mystère. C’est pour cela que plusieurs légendes entourent la chute Kabir Kouba. Il y a notamment la célèbre légende du grand serpent. Il y a également deux légendes parlant d’une grotte existant dans le roc sous la chute, ces dernières sont moins populaires, elles sont plus connues dans la tradition locale. Afin de ne pas perdre cet héritage, elles sont ici transmises. Étant donné qu’elles sont tirées de la tradition orale, les versions peuvent changer. Vous verrez que les légendes sont des histoires qui intéressent les gens, peu importe l’âge.

A – LA LÉGENDE DU GRAND SERPENT

L’homme a toujours cherché à comprendre le pourquoi et le comment des choses. Il y a trois-cents ans, les Amérindiens expliquaient la présence de la chute Kabir Kouba à l’aide de cette légende :

Les Hurons, après une longue migration s'échelonnant sur près de 50 ans, s'installèrent définitivement en 1697 sur le territoire de l’actuelle réserve huronne de Wendake.

À leur arrivée, ils prirent possession de quelques arpents de terre et délimitèrent les frontières de leur village. Malheureusement, les Amérindiens et les colons de la région ne réussirent pas à s'entendre sur l'emplacement de la borne ouest de la réserve. On argumenta, vociféra en vain : les conflits persistèrent.

Ayant eu vent des troubles régnant dans le village, le Grand Serpent qui dormait dans les Laurentides depuis des années décida qu'il était temps d'y mettre fin. Il se fraya un chemin à travers les montagnes, écrasant les arbres sur son passage et il descendit jusqu'au village huron de Wendake.

Les Hurons, béats de stupéfaction, regardèrent le reptile et tremblèrent de frayeur. Ce reptile avait une longue crinière comme un cheval et, à mesure qu'il la secouait, il en sortait des flammèches qui pétillaient comme un sapin embrasé. Ses écailles d'argent, qui lui couvraient la peau, brillaient comme des lames d'or frappées par les vifs rayons d'un beau soleil du midi.

D'un puissant coup de queue, le Grand Serpent souleva le sol de plusieurs mètres et gronda de colère contre ceux qui, jusque-là, n'étaient pas arrivés à s'entendre! « Il a fallu que je vienne et que je tranche la question moi-même. Dorénavant, je serai votre frontière et je gronderai sans arrêt afin que jamais plus vous n'oubliiez ma présence! »  Le Serpent se transforma en rivière houleuse avec de nombreux détours, sous l'œil abasourdi des hommes et des femmes. La chute se mit à gronder faisant rouler les flots agités sur son imposant lit de roc. Depuis lors, jamais plus les habitants n'oublièrent la présence du Grand Serpent près de leur réserve.

Aujourd'hui encore, on peut entendre le grondement du Grand Serpent et apercevoir sa forme tortueuse à l'origine du nom Kabir Kouba, la rivière aux mille détours!

Une autre version de la légende existe. Celle-ci est véhiculée entre autres par Philippe Aubert de Gaspé. Cette seconde version parle plutôt de la déchéance de Carcajou avec le Manitou. La version de P.A. de Gaspé est très ethnocentrique et dénigre la communauté huronne-wendat.

Les deux légendes qui suivent racontent l’existence d’une grotte sous la chute. Comme il fut dit précédemment, ces deux légendes font partie de la tradition orale, autrement dit, il n’y a pas de version « officielle », écrite.

B – LA TUNNEL DE L'ESPOIR

Il y a de cela quatre siècles, lorsque les Européens ont commencé à coloniser le continent américain, ils se mêlèrent aux conflits et aux rivalités ancestrales des peuples autochtones, notamment les Iroquois et les Hurons. Les épidémies et les guerres ont forcé le déplacement des populations huronnes qui sont venues s’établir près des installations françaises, leurs alliés. Lorsque les Hurons s’établirent définitivement à la Jeune-Lorette, ils y firent construire une chapelle et ils auraient secrètement construit un tunnel haut de 5 pieds et assez large afin de contenir un nombre important de personnes. Le tunnel reliait la chapelle à une grotte située sous la chute. Ils le construisirent comme porte de sortie si jamais les Iroquois revenaient pour les massacrer. Le tunnel n’aurait jamais été utilisé, mais serait encore présent dans le sous-sol de Wendake, prêt à sauver d’éventuels fuyards.

C – LA GROTTE DIABOLIQUE

Il y a longtemps, la rivière et la chute étaient bien plus qu’une frontière séparant le territoire, c’était également une frontière pour les mœurs et les traditions. Les anciens Canadiens voyant les fêtes et les danses amérindiennes prétendaient qu’un jour ce spectacle païen allait attirer le malin et apporter le malheur et la tristesse sur la région.

Un jour après avoir eu le plus bel été qui n’avait pas été vu depuis des décennies, le chef du village amérindien accorda la main de sa fille au plus valeureux guerrier que les Hurons n’avaient jamais eu. Le père déclencha la plus grande fête de son époque, car les deux amoureux le méritaient bien! Les alliés amérindiens vinrent de très loin pour cette fête. Une fois les festivités commencées, la musique et les danses ne cessèrent pas pendant près de trois jours. On entendait les chants à des miles à la ronde, la terre vibrait au son des tambours tellement que les morts auraient pu revenir à la vie! À la troisième soirée des festivités, tout le monde était rassemblé autour d’un grand feu et un bel et grand homme dans des vêtements d’apparat apparu et demanda à la fille du grand chef de danser. L’homme était un danseur hors pair, c’est pour cela qu’ils dansèrent pendant toute la nuit et à l’aube l’homme commença à s’agiter. Il demanda à la fille de le suivre, ils allèrent donc près de la chute pour discuter. L’homme déclara ses sentiments et lui demanda de le suivre, d’abandonner son haut statut pour vivre avec lui. La future mariée n’accepta pas son invitation, car elle voulait rester fidèle à ses engagements et honorer son père. L’homme perdit subitement ses belles apparences et l’Amérindienne découvrit finalement la vraie nature de cet inconnu. Son âme était aussi noire que l’enfer, son souffle était aussi glacé que les hivers canadiens, son regard reflétait la désolation, la peur, la tristesse que les yeux avaient vues par le passé. L’atmosphère devient lourde, froide et puante, la puanteur de la mort. Les yeux enflammés se posèrent sur la jeune femme et le malin déclara : « Si MOI je ne peux pas t’avoir, personne ne t’aura… ».

Sur ces paroles, le diable poussa la fille dans la chute, mais celle-ci tomba sur un palier de roche et survécut. Le démon la vit et il alla la rejoindre. Il la poussa dans la grotte et l’enferma en plaçant une énorme roche devant l’entrée où sa main s’imprima. Pendant des jours, le village chercha la fille du chef et jamais personne ne sut la vérité sauf un ancien Canadien qui observait de l’autre côté de la rivière et qui mourut ce soir-là en criant : « Je l’avais dit! » en parlant de l’apparition de Lucifer.

Quelques jours plus tard, le village trouva le plus fort de leur guerrier mort, il s’était suicidé, car la perte de sa future épouse l’avait empli de tristesse. Le même jour un cavalier arriva dans le village, il semblait être très agité, car il cherchait la route pour aller à Québec pour annoncer aux dirigeants une mauvaise nouvelle. Lorsque le chef lui demanda de lui dire la mauvaise nouvelle, il apprit que le messager venait de l’Ohio et qu’il annonçait la mort d’un émissaire portant le nom de Jumonville.[1] Sur ces mots, il reprit la route vers Québec et tous savaient ce que cela signifiait : la guerre, à nouveau. C’était cela le grand malheur.

 

[1] La mort de Jumonville est considérée comme le point de départ de la  guerre de la conquête, la dernière guerre de la Nouvelle-France.

D – MYTHE D'AATAENTSIC

Il y a très longtemps, la Nation huronne-wendat vivait dans les cieux et sur Terre il n’y avait qu’une grande mer. Un jour, Aataentsic, la fille du chef de la Nation huronne-wendat, tomba gravement malade. « Le seul remède pour la sauver est de recueillir le fruit du Grand Arbre ainsi que sa terre » dit l’homme médecine. Ensuite, Aataentsic se rendit au Grand Arbre et commença à creuser autour de ce dernier afin de récolter la terre. Malheureusement, la jeune amérindienne creusa trop profondément et cela fit un trou dans les cieux, donc le Grand Arbre et Aataentsic tombèrent à la mer. Cependant, la jeune Wendat fut sauvée par les oies qui la recueillèrent sur leurs grandes ailes. C’est à ce moment que Grande Tortue émergea de l’eau et dit aux oies de la déposer sur son dos. Bien qu’Aataentsic ne tomba pas à la mer, elle était toujours malade et elle devait absolument manger le fruit et récolter la terre de cet arbre. Alors, après que la loutre, le rat musqué et le castor eurent essayé vainement de plonger tout au fond de la mer pour cueillir le fruit et la terre de Grand Arbre, Grand-mère Crapaud réussit après y avoir presque laissé son dernier souffle à déposer le fruit et quelques grains de terre sur la carapace de la Grande Tortue. Finalement, Aataentsic mangea le fruit et fut guérie puis, avec les quelques grains de terre, elle les étendit sur le dos de Grande Tortue et l’animal devint une ile. Ainsi fut donc créée la Terre comme nous la connaissons aujourd'hui.

E – LE BLOC ERRATIQUE

Il y a bien longtemps vivait un esprit de feu dans les environs où nous sommes. Celui-ci avait une apparence humaine sous forme de feu. Il semait la peur auprès de chaque foyer de Wendake. Tous étaient sur le qui-vive, car les habitants ne savaient jamais à la nuit tombée si leur maison allait succomber aux flammes de cet esprit malsain. Tous les plus braves guerriers allèrent affronter ce génie du mal. Il était impossible de s’approcher de cet être, car celui-ci dégageait de son corps une chaleur si intense que les guerriers ne pouvaient s’en approcher sans se bruler. À tour de rôle, Wendake vit ses valeureux hommes brulés sans avoir eu la chance de blesser ou toucher cet effroyable homme de feu. Le grand chamane en observant toute la terreur qui s’abattait dans son village décida qu’il était temps d’y mettre fin. Il prit la décision de vaincre l’esprit de feu. Peu importe les conséquences, il promit aux habitants de mettre fin à ces massacres. À la nuit tombée, le grand chamane parti à la rencontre de l’esprit. Soudainement, une odeur de cendre parvient au chamane. Il savait que le génie du mal était passé par là. Au fur et à mesure qu’il continuait son chemin, une chaleur se fit ressentir. Il était près de sa quête. En pleine nuit, le face à face se fit entre le grand chamane et le démon rouge. Le combat dura trois jours et trois nuits.  Incantations et sortilèges ne venaient pas à bout de le vaincre. Il ne restait plus qu’une solution : une pointe de flèche ensorcelée. À un moment inattendu, le grand chamane s’élança sur l’esprit de feu et trancha la tête de celui-ci avec son arme. La tête roula un peu plus loin du reste du corps. Après cette périlleuse bataille, le chamane se reposa sur la tête de l’esprit. Afin que l’esprit ne retrouve pas la vie, il fit une incantation. L’esprit de feu se transforma en roche et le chamane en thuya afin d’enraciner la tête du démon. Ainsi, ses racines se plantèrent profondément dans le sol et la tête demeurait sous l’emprise de ses puissantes racines.

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